À la suite d'une exposition montée en 2008 à partir de cartes postales anciennes de la Médiathèque, nous avons reçu, le mois dernier, le témoignage précieux d'un enfant lexovien qui habita un des lieux cités, l'Hôtel des Pèlerins.

 

htel des plerins ou 2000 chambres 300

 

[...] " Ma famille et tant d'autres mal-logés de l'époque, avons vécu de façon provisoire dans cet immense immeuble désaffecté. Que de joyeux souvenirs me reviennent à l'esprit quand j'évoque ces temps révolus ! Même s'il nous fallait coltiner l'eau de la pompe située sur le boulevard jusqu'au troisième étage!

" Que d'épopées, que d'aventures avons-nous vécues mes copains de l'époque et moi ! Pensez-vous, le chemin des Buissonnets s'offrait à nous, avec en point de ralliement le Carmel et tous les défilés de pèlerins venus rendre hommage à Ste Thérèse ! Au-dessus s'étalaient les champs du père Julio, puis venaient ensuite, les vergers gardés par les sœurs des Oblates. Il faut dire qu'elles n'hésitaient pas à nous poursuivre, toutes robes retroussées, la badine à la main dès que nous faisions intrusion dans leurs domaines.

" Et tous ces jeux de cache-cache, ces apprentissages de l'enfance dans des lieux chargés de mystère. Parfois, nous nous perdions dans ces couloirs sombres qui menaient aux sous-sols. Certains soirs, nous traînions dans les salles où s'entraînaient tour à tour pongistes, basketteurs, joueurs de billard...

" Mais, ce qui nous fascinait, demeurait le spectacle des boxeurs sautant à la corde et dansant autour du ring plus vite que la plus experte des filles. J'entends encore le bruit sourd de leurs coups portés sur les sacs de sable. Je les revois tout écumants de sueur et saoulés de fatigue, apprenant les conseils avisés, les règles de leur sport que prodiguait inlassablement leur entraîneur. Ils me faisaient penser avec le recul du temps à des comédiens auxquels le metteur en scène explique le rôle avec un temps d'avance sur le déroulement de la scène, de l'acte.


" Mais aussi, certains Samedis soir, en cachette avec les copains de notre âge, on filait en douce jusque dans la salle de bal. Là, on gardait les yeux écarquillés de voir évoluer les danseurs sur la piste où la veille s'était déroulée un match de boxe, une rencontre de basket. Ce qui ne nous empêchait pas d'admirer subjugués, les toilettes que portaient les dames, les demoiselles accompagnées de leurs parents et amis. Fières de l'attention que leur portait l'assistance, elles évoluaient au bras de leurs cavaliers dans des démarches altières d'où s'échappaient moult effluves capiteuses." [...]

 

 Un grand merci, Monsieur, pour nous avoir autorisés à publier un extrait de la lettre adressée l'été dernier à votre vieux maître d'école, que vous n'aviez pas revu depuis cinquante ans !